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Criminalité, justice & personne
contrevenantes > Les médias et la justice > Les
chroniques d'opinion
Les médias
et la justice :`L’impact des médias sur l’opinion publique en matière de
criminalité et justice pénale
Les chroniques d’opinion
Les chroniques d’opinion étant
de nature subjective, c’est dans ces dernières que nous relevons le plus de
glissements médiatiques. Bien qu’il soit vrai que
l’objectif de ces chroniques est de donner l’opinion du chroniqueur sur un
sujet, nous pouvons soulever deux mises en garde.
Premièrement, comme vu
précédemment, la distinction entre l’article factuel et l’article d’opinion
n’est pas toujours claire dans les journaux. Si la page éditoriale est
clairement identifiée dans certains médias, il est vrai que l’on observe une
répartition de nombreuses chroniques au travers les actualités. Il serait
intéressant de connaître le pourcentage de gens confondant les chroniques et les
articles.
Deuxièmement, nous
pouvons nous questionner sur « l’expertise » même des chroniqueurs puisqu’en
matière de justice, tous semblent avoir leur mot à dire. Alors qu’il semble
inimaginable de retrouver une chronique rédigée par un économiste dans la
section Art & Spectacles, on ne s’étonne guère que le système judiciaire soit
commenté par une multitude de personnes, et ce, peut importe leur degré
d’expertise ou de connaissance du système judiciaire et carcéral. Bien sûr,
toute personne a droit à son opinion sur divers sujets. Mais le danger ici est
que le lecteur considère, à tort, que le chroniqueur soit « expert » dans le
domaine pénal et qu'il confonde l’opinion avec des arguments fondés. Cela peut
également conduire à la commission d’erreur importante de la part de certains
chroniqueurs.
Si le chroniqueur est
libre d’émettre son opinion sur le système judiciaire et carcéral, encore
faut-il que les faits sur lesquels il s’appuie pour étayer son point de vue
soient véridiques. Or, c’est dans les chroniques que l’on retrouve le plus de
glissements médiatiques, particulièrement celui du passage de la rumeur à la
vérité, où, en omettant de citer ou en présentant une affirmation comme un fait,
le chroniqueur laisse croire à une vérité alors qu’il peut s’agir d’un point de
vue personnel ou d’une simple rumeur.
De la rumeur à
la vérité
Dans une chronique portant sur le
travail par les détenus, le chroniqueur J. Jacques Samson avance que
« L’institution carcérale paie les détenus 3,50$ l’heure, ses
équipements ont été acquis avec des fonds publics et elle peut
ainsi présenter des offres de services à 50% du prix demandé par
l’entreprise privée. »
[J.
Jaques Samson, MCDO vs Chez Rita, JDQ 27 mai 2007.]
On constate ici deux erreurs
majeures. Premièrement, les équipements n’ont pas été acquis avec
des fonds publics, mais plutôt par les Fonds de soutien à la
réinsertion sociale dans lesquels il n’y a aucune
contribution des contribuables. Ensuite, il présente comme un
fait que les ateliers peuvent soumissionner à 50% en deçà du prix
demandé par l’entreprise privée. Or, cette affirmation découle de
l’entrepreneur qui a dénoncé dans le journal le risque pour son
entreprise de perdre un important contrat au profit de la buanderie
de l’Établissement de détention de Québec. Dans un article du site
Internet de TQS, on indique clairement que c’est selon lui.
Le chroniqueur passe ainsi de la rumeur à la vérité. Il n’est
nullement mention de la source de cette information, ni si elle a
été confirmée ou non par le ministère de la Sécurité publique.
Dans certains cas, le
chroniqueur a recours à certains procédés argumentaires trompeurs, appelés
sophismes, afin d’appuyer sa vision personnelle du système de justice
pénale. Le sophisme, ou argument à logique fallacieuse, est un raisonnement
qui apparaît comme rigoureux et logique, mais qui en réalité n'est pas
valide.[1]
L’appel à l’émotion,
la généralisation hâtive, l’appel à la majorité et l’attaque personnelle
sont les plus couramment rencontrés lorsqu’il est question de chronique sur
le système de justice pénale.
Ceci n’est pas sans
danger puisque le lecteur se fait une idée du système judiciaire à partir de
commentaires purement personnels et surtout, d’arguments qui peuvent
s’avérer non fondés. C’est sans doute ce qui explique que plusieurs
arguments et stéréotypes avancés par certains chroniqueurs se retrouvent par
la suite répétés par la population (dans des tribunes téléphoniques, le
courrier du lecteur, commentaires internet ou autre) alors que l’idée
avancée est fausse. Comme le mentionne Jean-Marc Léger, de Léger Marketing,
l’une des dix règles non écrites sur l’opinion est « qu’une fausseté maintes
fois répétée devient vérité »[2].
C’est ainsi qu’à force de décrire les prisons comme des « clubs med », cette
image est employée par beaucoup de personnes même s’ils n’ont, pour la
majorité, jamais visité un établissement de détention, ni même porté
attention aux rapports sérieux décrivant l’état des conditions de détention,
tel le Rapport du Protecteur du citoyen ou de l’Enquêteur
correctionnel.
Au-delà de la validité
des faits, la subjectivité peut entraîner deux autres glissements importants
dans les chroniques portant sur les affaires criminelles. Premièrement, on
remarque une tendance à faire un procès médiatique parallèle au véritable
procès. Que le chroniqueur croie une personne coupable est une chose, mais
la rigueur journalistique n’imposerait-elle pas d’attendre que cette
personne le soit déclarée par le tribunal avant de le considérer comme tel?
En présentant l’individu comme coupable, non seulement les médias forgent
l’opinion publique qui condamne cette personne avant même la tenue du
procès, mais ils portent atteinte à l’un des principaux fondements de notre
système judiciaire voulant qu’une personne soit innocente jusqu’à preuve du
contraire.
Le procès
médiatique parallèle
« Libéré
dans combien d’années? »,
[J. Jaques Samson, JDQ 20 mai 2008.]
Le titre de cette
chronique (et son contenu) comporte deux fautes importantes : non seulement la
personne accusée n’a toujours pas été reconnue coupable par un
tribunal (au moment où l’article est écrit, le procès n’est même pas
débuté!) que le journaliste, en plus de le condamner, parle déjà
d’une hypothétique libération conditionnelle. Pour l’instant, la
personne est toujours présumée innocente et nous sommes encore loin
de savoir à quel moment elle deviendra admissible à une
libération… D’autant plus que rien n’indique que la libération sera
effectivement accordée.
D’autant plus que
lorsqu’une personne est innocentée, elle n’a droit généralement qu’à un seul
article présentant le verdict. Souvent, sa réputation est entachée et la
personne est déjà stigmatisée en raison de la couverture médiatique
abondante.
Le second danger
concerne le prononcé de la sentence. Encore une fois, le commentateur à
droit à son opinion personnelle sur la sévérité des peines. Toutefois, il
doit faire attention à ne pas se substituer aux juges quant à la sentence
que devrait (ou aurait dû) recevoir un individu. Le journaliste n’a ni la
formation, ni l’expérience des juges. D’affirmer qu’un individu aurait dû
recevoir telle sentence plutôt qu’une autre relève de l’opinion personnelle
et non d’une analyse approfondie de la situation. Dans sa façon d’écrire,
le chroniqueur peut amener le lecteur à conclure qu’une sentence est
inappropriée, alors que tous deux n’ont souvent pas accès à l’ensemble du
dossier, à savoir les facteurs aggravants ou atténuants, la jurisprudence
sur le sujet, les peines prévues par la loi pour le délit en question, etc.
Quelques exemples
Voici quelques exemples de glissements
médiatiques relevés dans les journaux. Pour chacun des
exemples mentionnés, ayez toujours à l’esprit la question suivante :
« Que retiendra le lecteur qui lit cette phrase, quelle image lui viendra en
tête »?
Des comparaisons
douteuses
Les
comparaisons […] avec le système américain mettent toujours en
relief le laxisme de celui en place au Canada.
L’auteur
fait ici un sophisme d’observation qui consiste à négliger
des faits particuliers qu'il fallait remarquer. Dans le cas
présent, l’auteur tente de démontrer l'inefficacité du système pénal
canadien sur la criminalité en le comparant au système des
États-Unis. Or, il omet de comparer les résultats des politiques
pénales des deux pays sur le taux de criminalité,
pourtant nécessaires si l’on
veut démontrer l’efficacité de telles mesures.
Il ne s’agit
pas de réclamer le rétablissement de la peine de mort (1), mais un
durcissement important des peines d’emprisonnement aurait un effet
dissuasif. (2) Le crime en général est banalisé au Canada. (3)
1-
Le chroniqueur propose un faux
dilemme. Il s’agit d’un raisonnement fallacieux, qui
consiste à présenter deux conclusions à un problème donné comme si
elles étaient les deux seules possibles, alors qu'en réalité il en
existe d'autres.
2- Sophisme d’a
priori : la proposition étant acceptée, non comme prouvée, mais
comme n'ayant pas besoin de preuve, comme vérité évidente en soi.
L’auteur avance qu’un durcissement des sentences aurait un effet
dissuasif sur le crime comme étant un fait. Il ne s’agit ici que de
son opinion personnelle, d’autant plus que toutes les études sur le
sujet ont à ce jour toujours démontré le contraire.
3- Le chroniqueur utilise un
sophisme naturaliste qui consiste à poser un jugement de
valeur sur la base d’un fait : le système judiciaire est moins
répressif au Canada qu’aux États-Unis donc (selon le chroniqueur) on
banalise le crime.
[J.
Jacques Samson, « Libéré dans combien d’années? »,
dans Le Journal de Québec,
20 mai 2008.]
L’utilisation de
faits marquants, mais isolés pour faire peur
« Mais le gouvernement Charest ne
devrait pas oublier que la pourriture du régime québécois des
libérations conditionnelles met sérieusement en cause la sécurité
du public. C’est en effet un régime de broche à fois qui
a fait des morts. Alexandre Livernoche, Isabelle Bolduc,
Hélène Morneau, Julie Boisvenu […] Combien faudrait-il de décès
pour que Québec sorte de sa torpeur? »
[Morissette Rodolphe, « Le défi de la
Sécurité publique », dans Le Journal de Québec, 25 février
2005]
Le chroniqueur utilise ici l’appel
à la terreur, un sophisme par lequel une personne tente de créer
l'approbation de son idée en utilisant des menaces ou des peurs
existantes. Comme nous l’avons vu précédemment, l’auteur fait
également appel à des évènements marquants qui ont influencé
l’opinion publique, bien qu’il s’agisse de cas isolés, pour avancer
l’idée que les libérations conditionnelles menacent la sécurité de
la population. Pourtant, 95 %* des personnes admises en libération
conditionnelle terminent leur sentence sans récidive. Rien ne
semble indiquer une réelle menace pour la sécurité du public.
* : Source : Commission québécoise des
libérations conditionnelles.
L’utilisation de
stéréotypes et de préjugés
« Les « lologues »
qui administrent le système carcéral canadien… »
« Or ces nobles
principes [la réhabilitation et la réinsertion sociale], ajoutés aux
chartes des droits et libertés et à un sous-produit, les chartes
des droits des détenus, servent de prétextes à une multitude
d’abus, qui ont conduit aux « sentences bonbons » purgées
dans des prisons devenues des « clubs med » pour criminel
au repos. […] Quant à la population, elle rage lorsqu’elle prend
connaissance de nouvelles exagérations dans le traitement des
pensionnaires de ces hôtels douillets pour criminels, mais
les élus continuent d’écouter les mêmes naïfs théoriciens de
la réadaptation. »
[Samson, J.
Jacques. « La vie de château » dans
Le Journal de Québec,
3 mai 2005]
Une panoplie de
sophismes sont ici employés, notamment l’appel au ridicule
qui consiste caricaturer les propos adverses jusqu'à les rendre
ridicules, et donc facilement réfutable, et l’Argumentum
ad odium où l’auteur tente de rendre
odieuse la thèse adverse en la reformulant et en la
connotant
de façon péjorative, sans justification apportée sur le fond, en
association le plus souvent des idées et images plutôt que par un
raisonnement.
Dans le cas
présent, le chroniqueur tente ici de discréditer la thèse de la
réhabilitation et de la réinsertion sociale principalement en
ridiculisant les personnes qui l’appuient (lologues, naïfs), en généralisant des faits exceptionnels et en y accolant des
images péjoratives (clubs med, sentences bonbons, hôtels
douillets). Le chroniqueur confond (volontairement) des
privilèges avec des droits, en y accolant au surplus le concept de
réhabilitation sociale. D’autant plus qu’il n’existe aucune charte
des droits des détenus alors que le chroniqueur en parle (au pluriel
en plus!)
La mise en opposition des
droits des détenus avec ceux des victimes
« On
se sent tous concernés par ce qui se passe avec les pédophiles et
les prédateurs sexuels. On est tous tannés aussi des choses qui se
disent sur les droits des détenus et des prédateurs. Allez plutôt
parler aux familles des victimes » Josée Verner, parti
Conservateur
[« Un message clair aux prédateurs sexuels »,
dans Le Journal de Québec,
18 octobre 2007]
« … il y en
aura toujours pour qui le coupable est plus important que la
victime. Ils voudront constamment qu’on investisse temps et argent
pour supporter la réinsertion sociale »
[Serge Côté, « Encore dans le mille! »,
dans Le Journal de Québec,
31 août 2007]
La mise en
opposition des droits des personnes incarcérées avec ceux des
victimes relève également du sophisme de l’homme de paille ou
encore du faux choix. Dans le premier exemple, on tente
d’inculquer l’image que si vous êtes contre le projet de loi, c’est
que vous n’avez pas de compassion envers les victimes.
Dans le
second exemple, l’auteur laisse entendre que si vous défendez la
réinsertion sociale, c’est que la victime n’a pas d’importance pour
vous. N’est-il pas possible de croire à la fois au respect des
droits des personnes détenues et des victimes? Au GDDDQ, nous y
croyons.
- - - - -
« L’imposition de peines d’emprisonnement moins lourdes, de
meilleures conditions de détention et des libérations
conditionnelles plus généreuses, sont toujours présentées aux
Canadiens comme un signe de leur plus haut degré de civilisation et
de progrès social. Cette prétention est encore plus répandue au
Québec. Notre système se préoccupe souvent bien plus des
coupables que des victimes. »
[Samson, J. Jacques. « Noël au Pen »,
dans Le Journal de Québec,
21 décembre 2004]
Le sophisme de
l’homme de paille qui consiste à présenter la position de
son adversaire de façon volontairement erronée est ici employé.
Pour ce faire, le chroniqueur formule un argument facilement
réfutable, une pensée absurde ou caricaturale, puis l'attribue à son
opposant. C’est ainsi que croire en un système axé sur la
réhabilitation est détourné en « ne pas se préoccuper des
victimes ».
Rendre odieux en
généralisant
« Une
société qui se protège met toutefois ensuite ce genre
d’individus définitivement à l’écart. Ici, au contraire,
s’enclenche dès la condamnation une course pour les remettre
en liberté le plus tôt possible. »
[J.
Jacques Samon, « Libéré dans combien d’années? »,
dans Le Journal de Québec,
20 mai 2008.]
En faisant croire
de façon caricaturale que l’objectif de notre système pénal est de
remettre rapidement en liberté les individus (course, le plus tôt
possible) et que, par conséquent, ce système ne vise pas notre
protection (au contraire, se protège), l’auteur utilise un
autre raisonnement trompeur, l’argumentum ad
odium, une forme d'argument visant à rendre odieuse la thèse
adverse en la reformulant et en la connotant de façon péjorative,
sans justification apportée sur le fond.
- - - - -
« Les libérations
conditionnelles sont devenues la norme, c’est une farce. C’est
rendu qu’on appelle avant pour savoir si la prison est pleine pour
être sur de ne pas y rester longtemps »
[Mario Dumont, cité
dans le Journal de Québec, 21 novembre 2004]
En plus de faire un
appel au ridicule, Mario Dumont fait une généralisation
hâtive en prétendant que la libération conditionnelle est une
« norme ». On ne peut prétendre à la norme lorsque seulement 35,5%
des personnes incarcérées au provincial sortent en libération
conditionnelle!
La volonté
populaire
« Certains
bien-pensants tentent aussi d’imposer l’idée que plus une
société est évoluée moins elle incarcère les individus. Pourtant,
chaque fois qu’un crime sordide de la sorte émeut les citoyens, la
volonté populaire se fait entendre. Les attentes d’une
majorité par rapport au Code criminel canadien vont au-delà, de
toute évidence, de ce que les élus et les experts qui les
conseillent ont décidé d’y mettre. »
[J. Jacques
Samson, « Libéré dans combien d’années? »,
dans Le Journal de Québec,
20 mai 2008.]
L’auteur du texte
tente, par un procédé caricatural douteux, de marginaliser toute
idée contraire à la sienne. Ceux qui prônent moins de prison sont
des « bien pensants » qui veulent imposer une idée. À
l’inverse, sa position est celle de la « volonté » du peuple, de la
majorité. L'auteur utilise ici le sophisme d’argumentum
ad populum (ou raison de la majorité) selon lequel
une idée ou une affirmation devrait être acceptée comme vraie parce
qu'un nombre important de personnes la considère comme vraie. Or,
pour citer Coluche : ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à
avoir tort qu'ils ont raison. [wikipédia]
La
formulation pourrait pourtant être totalement inversée et
demeurerait tout aussi vraie : « Certains
bien-pensants tentent d’imposer l’idée qu’un durcissement important
des peines d’emprisonnement aurait un effet dissuasif. Chaque fois
qu’un crime sordide de la sorte émeut les citoyens, la volonté
populaire se fait entendre. Heureusement, les élus et les experts
ont pris soin de baliser le Code criminel afin d’éviter les excès
qu’aurait un tribunal populaire. »
Quand la solution
devient le problème – les contradictions des journalistes et de
l’opinion publique
On remarque quelquefois
un cercle vicieux dans les médias lorsqu’une solution avancée
précédemment devient un problème qu’il faut dénoncer. Prenons pour
exemple le travail des détenus.
Petit historique :
Depuis 1989, la
fabrication des plaques d’immatriculation au Québec est confiée à une
compagnie de la région des Bois-Franc, qui a d’ailleurs le monopole
puisque c’est le seul fabricant du Québec. Lors du dernier
renouvellement du contrat en 2008, le coût des plaques est passé de
1,40 $ (2004-2007) à 2.09 $ (2007-2010). Il s’agit d’une hausse de
49,3 %. Face à cette hausse, la SAAQ a étudié la possibilité de confier
la production des plaques d’immatriculation à l’atelier de
l’Établissement de détention de Québec.
Il n’en fallait pas
plus pour que certains politiciens et chroniqueurs, qui ironiquement ne
cessent de réclamer une diminution des dépenses du gouvernement, se
scandalisent que le gouvernement mette fin au contrat avec l’entreprise
pour confier la fabrication à moindre coût par des personnes
incarcérées.
Suite aux pressions, le
ministre met fin au projet, comme il l’a fait auparavant dans le dossier
opposant la buanderie de l’EDQ à une buanderie privée.
[« Les plaques
fabriquées derrière les barreaux? »,
dans Le Journal de Québec, 5
mars 2008]
On assiste ici au
parfait exemple d’une solution que l’on transforme en problème. Combien
de fois lisons-nous dans les médias que les détenus devraient travailler
pour l’État afin de «payer leur dette à la société »? Or, dès qu’il est
question du travail des détenus, on parle de concurrence déloyale avec
l’entreprise privée, puisque ceux-ci gagnent en deçà du salaire
minimum. Et lorsque l’Enquêteur correctionnel propose d’attribuer aux
détenus le salaire minimum arguant que le salaire actuel des détenus
suffit à peine à payer les effets personnels à la cantine, on s’y oppose
disant qu’ils ne peuvent avoir le même salaire que d’honnêtes citoyens.
Bref, on refuse que les
personnes incarcérées gagnent un salaire équivalant aux citoyens, mais
on dénonce le fait qu’en raison du bas salaire qu’il verse aux personnes
détenues, le gouvernement fait une concurrence déloyale à l’entreprise
privée.
Dans un cas comme
l’autre, chacune des solutions avancées est par la suite transformée en
problème, l’important est qu’il y ait « scandale ».
[« Les salaires des
détenus fédéraux sont trop bas », dans Le Journal de Québec, 27
novembre 2006]
[« Les emplois de
Paranet menacés par les détenus », dans Le Journal de Québec, 14
mai 2007]
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Mise à jour :
février 2010
© Groupe
de défense des droits des détenus de Québec.
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