CONSÉQUENCES NÉFASTES
Les effets de la surpopulation carcérale au Québec
Par
Pascale Blais-Giroux
La dénonciation des effets néfastes sur les
conditions de vie en prison et la réhabilitation sociale des personnes
contrevenantes ne date par d’hier. Pour nos « vieux abonnées », ils se rappelleront
peut être que notre bulletin de 1989 traitait principalement de ce sujet. On y
dénonçait les transferts injustifiés, la cohabitation entre personnes prévenues
et condamnées et que les compressions budgétaires affectaient les programmes de
réinsertion sociale et l’accès aux soins de santé.
Pendant ses années, le Protecteur du citoyen a
bien tenté d’attirer l’attention des décideurs et du public sur la dégradation
des conditions de vie en milieu carcéral en élaborant deux rapports spéciaux
soit en 1985 et 1999. Pourtant, nous sommes en 2005 et la situation est quasi
similaire.
Dans le cadre de son mandat 2004-2005, le
Protecteur du citoyen a visité la totalité des 18 centres de détention du
Québec. Cette tournée fait état à nouveau la surpopulation chronique dans
plusieurs de ces établissements et que la réalité est alarmante en milieu
carcéral.
L’occupation triple des
cellules.
En premier lieu, il nous dévoile qu’à
l’établissement d’Amos, des cellules prévues pour deux occupants ont dû être
habitées par trois personnes. Quelle en est la conséquence immédiate ? La
dernière personne doit dormir sur le sol, sur un simple matelas de fortune.
À la prison Sorel, des personnes détenues ont
été contraintes de passer la nuit sur des matelas de fortune, dans une petite
salle voisine de la réception. Bien entendu, cela était inévitable vu l’absence
d’autre option pour les administrateurs et employés de l’établissement. Malgré
tout, le constat demeure : il y a trop de personnes incarcérées et pas
suffisamment de place pour les héberger convenablement.
Les transferts
La surpopulation entraîne des transferts à
répétition entre les établissements. Les personnes incarcérées sont donc
transportées contre leur volonté dans d’autres établissements. Cette
conséquence, et non la moindre, n’est pas à négliger puisqu’elle fait boule de
neige .Ces transferts successifs peuvent être désastreux pour les personnes
incarcérées ainsi que pour leurs proches.
Effectivement, ces transferts à répétition
peuvent causer des troubles considérables dans le traitement médical des
personnes incarcérées. Le fait de déplacer une personne dans un autre
établissement emporte un risque de retard dans les transmissions des dossiers de
santé vers le nouvel établissement. Le suivi médical des patients en est donc
fortement perturbé et peut ultimement avoir des conséquences fâcheuses.
L’annulation de rendez-vous avec des spécialistes de la santé est souvent
dénoncée au GDDDQ.
L’accès au programme de
réinsertion mise en péril
Dans un autre ordre d’idées, qu’arrive-t-il à
une personne incarcérée qui veut faire une de programme de réinsertion sociale
et qui, simultanément, est déplacée contre son gré dans un autre établissement ?
Cela cause évidemment des difficultés au niveau de l’étude de cette demande
ainsi que l’allongement des délais. Cette conséquence est d’importance surtout
que la réinsertion sociale est la meilleure façon d’assurer la protection de la
population à long terme.
L’éloignement des proches
Bien que les personnes incarcérées soient
déplacées, la famille et les proches de cette dernière ne le sont pas du même
coup. L’éloignement des proches est souvent intolérable et entraîne plus souvent
qu’autrement un sentiment de frustration et d’impuissance. Souvent issues de
familles économiquement défavorisées, les frais téléphoniques augmentent
l’endettement de celles-ci.
Le Protecteur du citoyen nous divulgue
d’ailleurs un cas où il a été appelé à intervenir. Il s’agit du cas d’un détenu
qui avait été transféré de Trois-Rivières à Montréal pour cause de
surpopulation.
Sa femme, rétablie depuis peu d’une grave
dépression, ressentait le besoin de parler fréquemment à son conjoint. En raison
des distances les séparant, le couple a dû assumer des frais d’appels
téléphoniques exorbitants dépassant de loin leur capacité de payer.
De plus, les parents du détenu ne conduisaient
pas de voiture en raison de leur âge et ne pouvaient donc pas rendre visite à
leur fils. Dans ce cas bien précis, le Protecteur du citoyen a été en mesure
d’obtenir le retour de monsieur dans son établissement initial.
Malheureusement, bien d’autres personnes se
retrouvent dans cette même situation d’éloignement. Il n’y a pas toujours
d’intervention et la solution est de s’attaquer à la source même du problème,
soit la surpopulation en milieu carcéral.
La situation est plus critique dans les
établissements de détention de grande dimension comme celui de Québec. Le nombre
de plaintes y est plus élevé. C’est là que les problèmes de protection,
d’intégrité physique et de discipline sont à la fois plus nombreux et plus
difficiles à résoudre. Les relations entre le personnel et les personnes
incarcérées sont aussi moins personnalisées et plus difficile à gérer.
Les problèmes s’additionnent sans être résolus.
Le haut taux de suicide en milieu carcéral est sans aucun doute le pire. Le
manque de soutien psychologique et de traitement des personnes qui ont des
problèmes psychiatriques est l’une des problématiques que l’on doit faire face
sans délais. Il est temps de mettre fin aux préjugés véhiculant la vie en prison
est aussi belle que celle en hôtel.
Pour consulter le rapport
2004-2005 du Protecteur du Citoyen :
www.protecteurducitoyen.qc.ca
Mise à jour :
novembre 2005
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