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Dossier spécial

 
 

Entre préjugés et réalité

La publication d'un article en décembre 2008 dénonçant les conditions de détention des personnes incarcérées les fins de semaines à l'établissement de détention de Bordeaux a suscité plusieurs commentaires sur le net.  Départageons le vrai du faux...


Commentaire 1 :

"S'ils sont en prison c'est parce qu'ils ont fait quelques choses contre la loi.  Ils y repenseront deux fois avant de le faire pour ne pas se retrouver dans de telles conditions de vie. La prison est supposée décourager les gens pour ne pas qu'ils veulent y retourner. Ce n'est pas un hôtel 5 étoiles."

"Et bien tant mieux pour eux. Ils ont surement été coupables de quelque chose. Donc qu'ils payent pour leur erreurs et après... probablement qu'ils y penseront avant d'agir en sans génie."

Cette logique considère le contrevenant comme une personne qui a agit de façon rationnelle et calculée.  Or, l’analyse du profil de la population carcérale nous démontre que rien n’est plus faux. En effet, « dans nos prisons provinciales, nous nous retrouvons avant tout face à une population marquée par des problèmes de santé mentale ou physique, des personnes issues de milieux défavorisées, instables, pauvres, isolées socialement avec un faible niveau de scolarité et des difficultés au niveau de l’emploi. » (VACHERET, Marion. [criminologue]. "Pourquoi des prisons si l'on prône la réinsertion ?", dans Porte Ouverte, Vo. XVI, Nº3, Hiver 2005, p. 7-8.)

Qui sont ces gens que l’on retrouve dans nos prisons au Québec?  Voici quelques chiffres issu du portrait de la clientèle correctionnel du Ministère de la Sécurité publique du Québec (2001) :

  • 40% des personnes actuellement incarcérée ont des problèmes de santé mentale.  Ces gens ont été sortis des institutions spécialisés pour des raisons budgétaires avec le résultat que l’on connait.  La prise en charge de ses personnes ne devrait certainement pas être faite par les Services correctionnels.

  • La moitié des personnes que l’on retrouve présentement dans nos prisons n’ont toujours pas été reconnue coupable ou innocente.  Elles sont ainsi incarcérées dans l’attente de leur procès, faute de moyen alternatifs.

  • Un grand nombre de personnes sont aux prises avec des problèmes de toxicomanie ou d’alcoolisme ;

  • 64% n’ont pas de diplôme d’étude secondaires.

 

Commentaire 2 :

"Plutôt que de les mettre en prison, il faudrait les mettre en maison de thérapie ou bien faire des thérapies sérieuses et non bonbon en prison. Je ne peux pas croire que tous ceux qui sont là sont des monstres."

En effet, il est prouvé que les thérapies sont plus efficaces que la détention.  Il importe de savoir que les thérapies ne sont font PAS en détention mais en maison de thérapie.  Or, pour y avoir accès, il faut obtenir une permission de sortie de type réinsertion sociale (le 1/6) ou une libération conditionnelle (le 1/3).  En resserrant l’octroi du 1/6 et du 1/3 à des fins politiques, le gouvernement a ainsi engendré deux problèmes :

-         -  Peu de gens ont maintenant accès à des thérapies pouvant régler les problématiques qui les ont conduits en détention, augmentant ainsi le risque de récidive.

-         -  Le débordement des prisons, avec un taux d’occupation qui ne cesse d’augmenter depuis plusieurs années malgré un taux de criminalité à la baisse.

 « Il a été démontré que les longues peines d’emprisonnement sans programmes correctifs peuvent en réalité accroître les risques de récidive après la mise en liberté. » (Conseil canadien de la sécurité, Crime, Sanction et sécurité).

Deuxièmement, il est vrai de dire que ce ne sont pas tous des "monstres".  Plus de 90% des personnes incarcérées au provincial (peine de 2 ans moins un jour) le sont pour des infractions sans violence.  En fait, les personnes qui sont emprisonnées pour des crimes contre la personne représentaient seulement 7,2% des admissions dans les prisons québécoises en 2005-2006.  La perception que les gens ont à l'effet que la majorité des crimes commis sont ceux avec violence est causée par la médiatisation plus grande des crimes plus sordides à caractères sensationnalistes Vs les crimes plus courants, qui ne sont pas ou que très peu rapportés par les médias en raison de leur niveau d'intérêt jugé plus "banal".

 

Commentaire 3 :

"Pour moi le but de la prison est la dissuasion, donc en lisant ce reportage je suis convaincu que plusieurs personnes préfère payer leurs [amendes] du plutôt que de retourner en prison."

 L’objectif des sanctions sont de divers ordres.  Selon le Code criminel, la peine a pour objectifs :

  • La dénonciation d’un comportement illégal

  • La dissuasion ;

  • D’isoler, au besoin, les délinquants du reste de la société ;

  • De favoriser la réinsertion sociale des délinquants ;

  • D’assurer la réparation des torts causés aux victimes ou à la collectivité.

  • De susciter, chez à la personne contrevenantes, la conscience de leur responsabilité.

Mais lorsque l’on parle de peines, il faut savoir qu’il n’y a pas que la détention.  La détention vise à répondre au troisième objectif, soit d’isoler une personne qui représente une menace pour la population. D’autres mesures, prévues par la loi, peuvent être prises par les juges lors du prononcé de la sentence : amende, emprisonnement avec sursis, travaux compensatoires ou communautaires, probation, etc.  Toutes ces sanctions remplissent les objectifs fixés par la loi en matière de détermination de la peine.

D’ailleurs, selon la loi, le juge à l’obligation, avant d’envisager la privation de liberté, d’examiner la possibilité de sanctions moins contraignantes lorsque les circonstances le justifient. Cette disposition de la loi rappelle que l’incarcération est la sanction de dernier recours.  Lorsqu’une personne ne représente pas une menace pour la sécurité de la population, l’incarcération n’est pas justifiée.  Or, dans la réalité, nous retrouvons actuellement un grand nombre de personnes incarcérées qui ne représente pas une réelle menace à la sécurité de la population.

En ce qui concerne les amendes, il faut savoir que depuis 2003, il n’est plus possible de les rembourser par la détention.  Une personne qui est incarcérée pour refus de payement a toujours son amende à payer une fois sortie de détention.

« À ceux qui croient que les sanctions pénales en générale ou les menaces en particulier sont un moyen efficace de punition ou de renforcement négatif, nous conseillons de se reporter aux études spécialisées en réforme des comportement ou tout guide expérimental pour des données de corroboration.  Ils n'y trouveront pas ce qu'ils cherchent. » (SMITH, Paula, et al.  Les Effets des sanctions communautaires et de l'incarcération sur la récidive, Ottawa, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2002. 42 pages.)

 

Commentaire 4 :

"Moi, je suis pour une peine de mort. Et le renvoies de certains détenus dans leurs pays pour le reste et bien nous serions obligés de détruire des prisons." 

Dans un premier temps, il est largement prouvé que la peine de mort n’a pas d’aspect dissuasif.  Au Canada, depuis l’abolition de la peine de mort en 1976, le taux d’homicide a connu une diminution.  Selon Statistique Canada, Il y a eu 658 homicides au Canada en 2005, soit 50 de moins qu’en 1975.  D’ailleurs, les pays qui appliquent toujours la peine capitale font parti des pays ayant les taux de criminalité les plus élevés. 

En second lieu, nous ne renverrions pas un grand nombre de détenus dans leurs pays puisque le portrait de la clientèle correctionnel du Québec réalisé en 2001 nous démontre que 92,2% des personnes incarcérées étaient nées au Canada.  Et parmi le 7,8% nées ailleurs qu’au Canada, 62% résidaient au Canada depuis plus 15 ans.

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Mise à jour : décembre 2008

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