Les programmes de remises en liberté :
bien comprendre les différences
Par Isabelle
Landry
Les médias ont grandement fait état ces derniers temps des
« trop nombreux » détenus qui sortaient sans conditions et commettaient
d’effroyables crimes violents une fois en dehors des murs. Ces cas existent,
mais sont des exceptions, malheureuses et dramatique je vous l’accorde, mais des
exceptions tout de même. Afin de rétablir les faits et de mettre tout cela en
perspective, voici quelques chiffres intéressants sur la libération
conditionnelle au Québec et au Canada.
Au niveau provincial
La Commission québécoise des libérations conditionnelles publiait récemment son
rapport annuel de gestion pour l’année 2003-2004. Contrairement aux croyances,
le taux d’octroi des libérations conditionnelles a diminué en 2003-2004,
passant de 47.6% à 46.7%. Le succès des libérations conditionnelles contredit
aussi les rumeurs. Le taux général de succès sans récidive est passé de 91.7% à
93.7%. Le pourcentage de réussite sans bris de condition aucun est, pour sa
part, passé de 68.3% à 66.8%. Il est donc normal que le taux de révocation de la
libération conditionnelle pour bris de condition ait augmenté de 23.4% à 26.9%.
Par contre, le taux de révocation pour cause de récidive a, pour sa part,
diminué, passant de 8.3% à 6.3%. De façon générale, le taux de révocation de la
libération conditionnelle a connu une très légère augmentation, passant de 31.7%
à 33.2%.
Au niveau fédéral
Au Canada, le ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile a
aussi publié un rapport en décembre 2004. On y apprend que le taux d’octroi de
mise en semi-liberté est de 74.4% et celui d’octroi de la libération
conditionnelle totale est de 45.4%. Le taux d’octroi serait plus élevé chez les
femmes que chez les hommes.
Depuis 1995-1996, le pourcentage de délinquants ayant mené à bien leur
semi-liberté est supérieur à 80%. En 2003-2004, 3.2% des périodes de
semi-liberté ont pris fin à la suite de la perpétration d’une infraction sans
violence alors que 0.4% des retraits des semi-libertés l’étaient pour une
infraction avec violence. On voit donc clairement que les délinquants qui
sortent en libération conditionnelle ne sont pas majoritairement des tueurs
récidivistes, loin de là. Les hommes seraient plus nombreux à mener à bien leur
semi-liberté que les femmes à 85.2% contre 77.1%. Pour la liberté conditionnelle
totale, la révocation est due à 7.1% à des infractions sans violence et 0.8%
seulement à des récidives accompagnées de violence.
Les femmes mènent à bien leur liberté conditionnelle totale en plus grand nombre
que les hommes à 82.4% contre 72.1%. La liberté d’office, pour sa part, est
menée à bien dans un plus faible pourcentage, soit entre 56.5% et 60.3% depuis
les dix dernières années. En 2003-2004, la mise en liberté d’office a pris fin à
8.9% pour des récidives sans violence et à 2.3% pour des récidives avec
violence. Les femmes mènent à bien leur libération d’office en plus grand nombre
que les hommes avec 64.5% contre 57.9%.
Je
pensent que ces chiffres énoncent de façon on ne peut plus équivoque que la
libération au tiers de la peine assortie de conditions et de surveillance serrée
obtient un succès plus retentissant que la libération automatique aux deux tiers
où le détenu est laissé à lui-même dans la communauté. Maintenant que la vérité
est rétablie, est-il encore nécessaire de décrier haut et fort qu’un trop grand
nombre de nos détenus sortent au tiers de leur sentence? Le terme « sentence
bonbon » demeure-t-il encore approprié? Je me permets de laisser la question en
suspend et de vous laisser en tirer vos propres conclusions.
Source :
Ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada.
Aperçu statistique : Le système correctionnel et la mise en liberté sous
condition,
consulté sur
http://www.psepc-sppcc.gc.ca/publications/corrections/pdf/stats04/stats_section_d_2004_f.pdf,
le 11 février 2005.
Mise à jour :
avril 2005
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