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Le
Gouvernement du Québec a annoncé l’ajout de 5 nouvelles prisons au
Québec, ajoutant ainsi 338
places
de plus
dans
le réseau correctionnel, disant ainsi vouloir régler le problème de
surpopulation carcérale. A-t-on besoin d’ajouter de
nouvelles prisons ?
NON !
C’est un fait,
les prisons
québécoises sont remplies à pleine capacité. Mais l’expérience
démontre que l’ajout de places en détention n’est pas la solution
appropriée.
Ajouter de
nouvelles cellules ne contribuera pas à désengorger le système
carcéral.
Il est important de savoir qu’entre 1996 et 2006, la
capacité carcérale au Québec a augmenté de 503 places en détention.
Cela n’a jamais réglé le problème de surpopulation.
D’ailleurs, ce problème n’est pas un phénomène nouveau : il perdure
depuis le début des années 1990.
Malgré une
baisse constante de la criminalité depuis le début des années 1990,
les prisons demeure pleines. Pourquoi ?
La solution
d’ajouter des places en détention, qui fut toujours celle mise de
l’avant, apparaît sans contredit comme étant inefficace. Dans les
faits, il est prouvé que plus on a de places en détention, plus on a
tendance à les utiliser.
Plutôt que de
dépenser aveuglément l’argent des contribuables dans la construction
de nouvelles prisons, il est impératif de chercher à comprendre
pourquoi nos prisons débordent et d’agir sur ces facteurs.
Pourquoi les
prisons débordent-elles ?
Le débordement
carcéral s’explique par les trois facteurs suivants :
1-
L’augmentation du nombre de personnes incarcérées dans l’attente de
leur procès :
Actuellement, la
moitié des personnes incarcérées dans les prisons québécoises sont
des prévenus (personnes incarcérées dans l’attente de son procès).
Le refus de plus en plus fréquent de la remise en liberté sous
caution jumelé à la complexité et à la durée accrue des procès
expliquent ce phénomène. Les cimes de violence ne représentant
qu’environ 12% des crimes commis, ont peut douter que toutes les
personnes incarcérées dans l’attente de leur procès représentent une
réelle menace pour la société.
2-
La rétention de la population :
La réduction du
nombre de personnes bénéficiant des programmes de réinsertion
sociale (1/6) et de la libération conditionnelle (1/3) explique
également la surpopulation carcérale. Le nombre de détenus en
permission de sortir à chuté dramatiquement depuis 2000, passant à
un peu plus de 1 000 personnes à 269 en 2006-2007. L’idée n’est pas
d’utiliser les permissions de sortir comme moyen de gestion des
places en détention, mais on constate que bon nombre de personnes
voient leur programme de réinsertion sociale retardé faute d’avoir
reçu une évaluation dans les délais raisonnables.
3-
Le recours abusif à l’incarcération :
En 1996, le
gouvernement du Québec annonçait sa volonté de réduire le recours à
l’incarcération par l’utilisation d’alternatives efficaces. Malgré
l’instauration de nouvelles mesures, tel le sursis, le recours à
l’emprisonnement au Québec a grimpé de 29% à 35% entre 1996 et
2006. Ceci veut donc dire que la peine d’emprisonnement est
davantage imposée comme sanction aujourd’hui qu’il y a 10 ans.
Alors qu’on
disait à l’époque vouloir réserver l’incarcération aux crimes graves
et violents, on constate que dans les cas de vols de 5 000$ ou moins
(qui représentent la majorité des infractions), 38% des personnes
condamnées ont été incarcérées en 2006. En fait, la majorité des
peines de prisons qui sont imposées concernent des délits sans
violence.
L’incarcération
n’est pas la seule sanction qui peut être imposée.
Lorsqu’une personne est reconnue coupable, une sanction lui
est imposée. Il faut cesser de voir l’incarcération comme étant la
seule sanction possible. Un grand nombre de peines autre que la
prison peuvent être imposée. L’incarcération doit « revenir » à son
sens premier : isoler une personne qui représente une réelle menace
pour la sécurité de la population. Le portrait des personnes
incarcérées prouve que ce n’est actuellement pas le cas.
Saviez-vous que près de 40% des personnes actuellement incarcérées
sont aux prises avec une problématique de santé mentale ? La prison
n’est tout simplement pas l’endroit approprié pour eux.
Même si les
délits que l’on voit plus fréquemment dans les médias sont des
crimes avec violence, ceux-ci ne représentaient, en 2006 au Québec,
que 19,6% des crimes commis.
On ne construit
pas une prison pour 5 ans !
Il importe aussi de se demander si, dans quelques années,
nous aurons encore besoin d’autant de places dans nos prisons?
Ironiquement, une partie de la réponse nous vient du ministère de la
Sécurité publique.
Au Québec, comme
dans plusieurs sociétés industrialisées, on constate une baisse de
la population des moins de 20 ans. C’est ce qui amène le ministère
de la Sécurité publique du Québec (lui-même!) à conclure « qu’il en
résulte un vieillissement global de la population et, à plus ou
moins long terme, une probable diminution de la clientèle
potentielle des services correctionnels dans la mesure où celle-ci
est composée majoritairement de personnes âgées entre 18 et 35 ans »1.
Le phénomène du
vieillissement de la population avait également été soumis dans le
rapport d’analyse de l’Association des services de réhabilitation
sociale du Québec (ASRSQ) portant sur la privatisation des prisons2.
Avant même de
prendre position sur la privatisation possible des établissements
correctionnels, le comité d’experts de l’ASRSQ a d’abord tenté de
vérifié la nécessité de construire une nouvelle prison au Québec.
Suite à
l’analyse, le comité a convenu « qu’outre le problème de désuétude
de certains centres de détention, les données analysées confirment
qu’il n’y a pas de raison de croire que le Québec a un besoin accru
de cellule. »3
Aussi, il est,
selon nous, prématuré d’investir dans la construction de prisons
sans attendre les résultats de l’implantation de la nouvelle Loi
sur le système correctionnel. Présentement, les places
disponibles dans les organismes communautaires qualifiés de
« partenaires des Services correctionnels du Québec » dans cette loi
ne sont pas toutes utilisées.
Sources :
1. Ministère de
la Sécurité publique du Québec,
Statistiques correctionnelles du Québec 2000-2001,
Gouvernement du
Québec, 2003,
p. 6
2. JARVIS,
Juliette.
Document d’analyse sur la privatisation des prisons,
Association des services de réhabilitation sociale du Québec, 2004.
54 pages.
3. ASRSQ.
Position de l’ASRSQ au sujet de la privatisation d’un centre de
détention en Montérégie, disponible au
http://www.asrsq.ca/fr/pdf/dos_pri_pos_pri.pdf , p. 2.
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