|
Qui sommes-nous ?
Mission | Services | Historique | Equipe | Devenir membre
Historique du GDDDQ
1977-1987
La naissance, en
1977, du Groupe de défense des droits des détenuEs de Québec s’inscrit dans la
foulée de la montée du mouvement communautaire des années 1960-70. Durant ces
années, plusieurs individus constatent que l’émergence de l’État moderne
n’entraîne pas la disparition de la pauvreté, de l’exclusion et de la
discrimination. L’accroissement de la richesse collective produit du même
souffle l’augmentation des inégalités sociales.*
La question des
droits des citoyens incarcérés n’est peut-être pas nouvelle, mais c’est vers la
fin des années 1970 qu’elle prend de l’ampleur alors que certains criminologues
s’intéressent au système carcéral et à l’utilisation de la détention.
Le rapport du
Comité canadien de la réforme pénale et correctionnelle (rapport Ouimet) de 1969
critique sévèrement la prison. Ce comité révèle que la prison crée la récidive
et ne favorise nullement la réhabilitation sociale. La commission d’enquête sur
l’administration de la justice en matière criminelle et pénale au Québec (le
rapport Prévost 1968-1970) scrute le système de justice pénale sur une période
de deux ans. À cette époque, la critique la plus virulente à l’endroit du
système carcéral est que la prison est l’école du crime. Le Québec était
d’ailleurs, dans les années 60, la province qui incarcérait le plus au Canada.
Dès 1977, le
Groupe de défense des droits des détenuEs de Québec réclame des autorités
carcérales le droit à la justice, à l’information et le respect de l’intégrité
individuelle. Il exige de faire connaître aux personnes incarcérées les
règlements touchant la détention, élément fondamental puisque la violation de
ces règles entraînait des mesures disciplinaires. Le Groupe demande également
que les personnes convoquées devant le comité de discipline puissent préparer
leur défense et bénéficier de la présence d’une personne de leur choix lors de
leur comparution.
Si les règles et
directives sont maintenant accessibles pour les personnes incarcérées, on
n’admet toujours pas d’observateurs indépendants aux séances du comité de
discipline.
C’est lors de
l’année 1978 que le Groupe de défense des droits des détenuEs de Québec
travaille pour la première fois à l’organisation de la Semaine du prisonnier et
de la prisonnière, évènement organisé depuis quatre ans dans la région de
Montréal. L’implication du Groupe permet un meilleur rayonnement de cette
semaine thématique. L’une des grandes activités présentées à Québec est la pièce
de théâtre Le Procès, le 18 avril 1978.
Le GDDDQ mène, en
1979, sa première lutte très médiatisée dans le dossier de l’Affaire Charest :
jeune homme de 18 ans retrouvé mort dans des circonstances nébuleuses à la
Centrale de police de Québec. Le GDDDQ présente un mémoire au ministère de la
Justice exprimant ses interrogations sur les circonstances de la mort du jeune
Richard Charest. Il soulève l’absence de garantie d’impartialité de l’enquête
menée dans cette affaire en dénonçant les nombreuses irrégularités et lacunes
commises lors de l’interrogatoire de Richard Charest. Le Groupe demande une
enquête sur les comportements des policiers lors de ce drame. La tenue d’une
enquête d’une envergure exceptionnelle amène le Groupe à y déléguer plusieurs de
ses membres non seulement comme observateurs, mais comme participants. C’est
ainsi que deux avocats membres du Groupe ont fait partie des personnes
officiellement admises à interroger les témoins.
Durant la même
année, le GDDDQ dénonce déjà le problème de la surpopulation carcérale. La
surcharge des établissements correctionnels engendre de nombreux problèmes dont
le mélange des personnes incarcérées dans l’attente de leur procès et celles des
condamnés ou encore, des personnes handicapées avec des détenus violents. Cette
situation amène le Groupe à réclamer des mesures alternatives à l’incarcération
pour des délits mineurs de même que la séparation des personnes incarcérées
selon leur statut.
Le Groupe ne cesse
de réclamer des gouvernements qu’ils terminent leur réforme du droit afin de
rejoindre les rangs de plusieurs pays ayant depuis longtemps décriminalisé un
grand nombre de délits. Malgré toutes ces revendications, la réponse des
gouvernements est toute autre : on construit de nouvelles prisons.
Lors de l’élection
de 1981, le GDDDQ dénonce le refus d’accorder le droit de vote aux personnes
incarcérées dans les pénitenciers fédéraux, droit pourtant accordé lors du
référendum de l’année précédente. Pour le Groupe, ce droit représente une façon
de responsabiliser les citoyens incarcérés.
Même si le
gouvernement du Québec avait autorisé le droit de vote des personnes incarcérées
depuis un an, le Solliciteur général du Canada, Bob Kaplan, juge qu’il était
trop complexe de faire voter les détenus fédéraux dans leur circonscription
d’origine. Pourtant, le GDDDQ souligne que cela est tout à fait possible pour
les membres des Forces armées et les personnes employées dans les services
diplomatiques.
Les soins de santé
ont toujours été le dossier noir des établissements correctionnels. Le GDDDQ
rappelle régulièrement aux autorités que l’emprisonnement ne doit entraîner
qu’une perte de liberté pour les délinquants et que la privation de soins de
santé est contraire aux lois. Dans certains dossiers du service téléphonique, le
GDDDQ obtient gain de cause. C’est ainsi qu’une détenue enceinte a pu accoucher
dans de bonnes conditions. Les réflexions du Groupe sur les soins de santé et
le colloque organisé lors de la Semaine du prisonnier et de la prisonnière de
1982 ont réussi à sensibiliser la population à ce problème. C’est à la suite de
nombreuses revendications que le ministère de la Justice et le Protecteur du
citoyen entamèrent des enquêtes sur le sujet.
Lors de la Semaine
du prisonnier et de la prisonnière de 1983, le Groupe de défense des droits des
détenuEs de Québec présentait un dossier sur les femmes et la prison. La
présentation du documentaire choc C’est pas parce que c’est un château qu’on est
des princesses, réalisé par Vidéo-femmes auprès des prisonnières de la Maison
Gomin, démontre que celles-ci sont souvent privées du peu de privilèges que l’on
accorde aux détenus de sexe masculin. Les soins de santé, les occupations, tout
leur est octroyé au compte-goutte et les punitions, souvent collectives, sont
excessives, sans proportion avec le danger qu’elles représentent ni la gravité
des gestes posés. À cet égard, l’enquête menée plus tard par la Commission des
droits de la personne et celle du Protecteur du citoyen arrivaient aux mêmes
constats.
Les évènements
survenus à l’établissement Archambault en 1983 resteront longtemps gravés dans
la mémoire de plusieurs. Le GDDDQ n’a jamais minimisé la violence dont ont fait
preuve certains détenus à cette occasion, mais il a toutefois dénoncé
vigoureusement les dénis de droits, dont celui d’avoir accès à leurs avocats, de
même que les sévices qu’ont subi tous les détenus sans distinctions de la part
des agents.
En 1985, le groupe
s’attaquait à la question du travail en prison comme moyen de réinsertion
sociale. C’est sous le thème Travail-réhabilitation = connais pas que se déroule
la 11e édition de la Semaine du prisonnier et de la prisonnière. Pour le GDDDQ,
les nombreuses lacunes dans les programmes et leur mise en oeuvre ne
permettaient pas l’atteinte de cet objectif de réinsertion sociale.
Durant les dix
premières années de son existence, le Groupe tente d’obtenir un statut permanent
d’intervenants agrées au Centre de détention de Québec et à la Maison Gomin.
Souvent, les rencontres de groupe auprès des personnes incarcérées sont
repoussées, voir même annulées à la dernière minute.
C’est en janvier
1986 que le GDDDQ présente son cahier de recommandations sur les conditions de
détention des femmes à la maison Gomin. Ce cahier, fruit du travail du comité
interne « femme et prison » vient rappeler à la population que les conditions de
détention des femmes de la maison Gomin ne se sont toujours pas améliorées. Il
en réclame sa fermeture.
L’année 1986 fut
difficile pour le Groupe de défense des droits des détenuEs de Québec.
L’organisme est boycotté par les centres de détention à la suite des
déclarations relatives au travail en détention. Le Groupe perd graduellement
contact avec la clientèle carcérale. Le nombre de dossiers au service
d’intervention téléphonique chute considérablement. Ce sera pour le Groupe une
période de réflexion et d’orientation. Il entreprend des négociations auprès du
ministère de la Sécurité publique pour retourner à l’intérieur des murs. Le
GDDDQ doit demeurer en contact avec les personnes incarcérées afin d’être un
acteur crédible dans l’avancement des droits des citoyens incarcérés. C’est la
conclusion qui émanera des journées d’orientation réalisées auprès de ses
membres.
À la même époque,
des rumeurs circulent à propos d’un vote sur le retour de la peine de mort au
Canada. Les intervenants concernés se concertent et se mobilisent afin de
réagir. Le GDDDQ se met rapidement à l’action. En juin 1986, le GDDDQ organise
un café-rencontre sur le sujet, regroupant une vingtaine de professionnels de
différents milieux. Il s’agissait d’une première étape vers la création d’une
coalition contre le retour de la peine de mort au Canada. Le GDDDQ dirige le
mouvement dans la région de Québec. Il met sur pied une vaste campagne de
sensibilisation et fait circuler une pétition contre le rétablissement de la
peine de mort qu’une majorité de directeurs de prisons oseront signer.
Finalement, le 30 juin 1987, les députés votent massivement contre le
rétablissement de la peine capitale, rejetant la motion par 148 voix contre 127,
ce qui constitue une majorité plus grande que lors du vote initial d’abolition
en 1976. Le GDDDQ gagne sa lutte.
suite
* source :
BÉLANGER,
Lucie et al.
Le mouvement communautaire autonome n’est pas né d’hier (bref
rappel historique).
Le
Secrétariat d’État à l’action communautaire autonome, 1995.
|