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Groupe de défense des droits des détenuEs de Québec

 

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Historique du GDDDQ

Message de la fondatrice

C’est avec un immense plaisir que je donne suite à votre invitation de relater la naissance du Groupe de défense des droits des détenuEs de Québec (GDDDQ).  Je vais me centrer sur l’époque où le Groupe est devenu nécessaire, tout en essayant de cerner les tenants et aboutissants de sa création.  Je ne nommerai personne, même si la tentation est grande d’égrener les noms de ceux et celles qui ont, bien plus que moi, le mérite de son édification, de son incorporation, de son lancement, de ses premières interventions et de sa consolidation.

Pour comprendre la genèse du Groupe, il faut la mettre en contexte et remonter à la mise en oeuvre, en 1970, des « Programmes institutionnels », dont la réhabilitation des délinquants était la pierre angulaire.  Il est à noter qu’à cette époque, le Directeur de la Probation et de la Détention pilotait lui-même leur implantation dans le système carcéral québécois.

Il faut aussi savoir que les professionnels embauchés pour appliquer cette réforme majeure, au Centre de détention de Québec, s’y consacrèrent avec enthousiasme, en dépit des embûches, jusqu’à ce qu’elle s’essouffle et s’éteigne.  Était-elle utopique, prématurée, trop ambitieuse, trop coûteuse ou trop contraire à la mentalité répressive du milieu? Je ne me prononcerai pas.

Toujours est-il que lorsque je montai à bord du train en marche, le 19 novembre 1973, je rejoignais une équipe multidisciplinaire de sept professionnels enrichie de plusieurs stagiaires du Service de réadaptation sociale.  Ma formation en sociologie me désignait pour la conception de programmes occupationnels et de formation pour les détenus; mes 15 années d’expérience en secrétariat, pour l’organisation des fonctions de support administratif.  Je me consacrai à ces tâches avec énergie, comme les autres aux leurs.

Pourtant, moins d’un an après mon entrée en fonction, l’opérationnalisation de la réforme stagnait.  Le directeur intérimaire de la prison était toujours à mi-temps et son subalterne chargé des programmes était obligé de le remplacer au détriment de ses propres responsabilités.  Nos requêtes pour corriger la situation furent sans effet.  Le « Collège des surveillants », prévu dans ladite réforme pour faciliter l’adhésion des gardiens à la nouvelle philosophie, s’emblait mis aux oubliettes.

À cause des mandats qui me furent ensuite confiés, je devins de plus en plus sensibilisée à la violation des droits des détenus.  Entre autres, je m’étais vu confier la direction des débats et procès-verbaux de l’Équipe du traitement, qui étudiait toutes les demandes de sorties et de visites des détenus et formulait des recommandations.  De plus, j’assistais aux rencontres du Comité des détenus du G-1 qui chaque semaine se réunissait pour formuler des plaintes, des revendications et des demandes de toutes sortes.

De fil en aiguille, je pris connaissance des « tribunaux internes » appelés « Comités de discipline » où comparaissaient, devant un assistant chef, des détenus accusés par des gardes d’indocilité ou d’impolitesse.  Les sentences étaient des pertes de réduction de peine ou des jours de réclusion.  Inutile d’insister sur l’arbitraire de cette cour des miracles, où un sourd-muet était régulièrement condamné pour « refus d’obéir, injures et insultes ».  Il y avait aussi les cas de transferts de détenus dans d’autres prisons provinciales, pour des motifs sécuritaires, administratifs et parfois punitifs.

Lorsqu’on me confia une charge de cas individuels, je découvris avec horreur « ce que tout le monde savait » : que des jeunes proies sexuellement désirables étaient offertes à des durs à cuire fauteurs de trouble, afin d’avoir la paix dans un département.  Pour compléter ce tableau très sommaire, des membres du personnel furent soupçonnés de fermer les yeux sur l’entrée de la drogue et même d’en être responsables.  Afin de contrer le trafic interne, les fouilles indispensables et perturbatrices dégradèrent davantage la situation.

S’il est impensable de ne pas intervenir dans des cas particuliers, intolérables et patents, comment ne pas le faire quand se généralisent des pratiques qui violent les droits fondamentaux de la personne, tel celui à une défense pleine et entière, lorsqu’on est accusé, ou encore à la confidentialité du courrier adressé à son avocat, pour ne nommer que ceux-là. 

Après épuisement de tous les recours à l’interne, c’est au Protecteur du citoyen qu’il fut demandé de s’impliquer.  Les directions de la prison et du Ministère ne purent le supporter.  Malgré la légalité et la transparence de la démarche, je fus congédiée le 2 septembre 1975 et l’aumônier que j’accompagnais, le 27 novembre suivant.

Dans la saga qui suivit pour la défense de nos droits, nous ne pouvions négliger ceux des détenus.  C’est ainsi que la Ligue des droits de la personne nous mit en contact avec l’Office des droits des détenus (ODD). 

Dans l’année qui suivit, j’eus plus de temps à consacrer à cette cause et aussi l’occasion d’élargir mes connaissances dans le domaine, par un stage en désintoxication et un contrat de recherche en réadaptation sociale.  Par ailleurs, l’aumônier congédié ne fut pas longtemps au chômage.  Dès juillet 1976, il était en poste à Kingston pour le Service canadien des pénitenciers.  Il fit en sorte que je puisse assister avec lui à une rencontre d’un groupe d’intervenants relié à l’Université Queen et voué à la défense des droits des personnes incarcérées dans le pénitencier où il travaillait.

À l’évidence, il fallait fonder dans la vieille capitale une succursale ou un homologue de l’ODD et son directeur fut un précieux support.  La ligue informa ses membres de la région de Québec et au moins trente d’entre eux vinrent m’épauler.  Les groupes sociaux furent mobilisés, de la Pastorale communautaire à l’Aide juridique, en passant par la Fédération des femmes, les organismes voués à l’hébergement, à la transition sociale, au retour au travail des libérés conditionnels ou de fin de sentence. 

Centraide, pour sa part, hébergea nos premières rencontres.  Notre permanence était au presbytère Saint-Malo.  Partout l’accueil fut empressé et l’aide généreuse.  Quelques doctes éminences de l’Université Laval nous prodiguèrent encouragement et référence à des ressources utiles.  Un professeur et des étudiants de la Faculté de droit s’impliquèrent directement dans nos activités.

Dans le cours de l’année 1976, le syndicat des Professionnels du Gouvernement du Québec poursuivit la lutte pour la reconnaissance de nos droits.  L’affaire se rendit même à l’Assemblée nationale et en commission parlementaire.  Vu le motif du congédiement, soit le recours au Protecteur du citoyen pour la défense des droits des détenus, cette cause ressortait du battage médiatique.  

Par ailleurs, la situation à la prison s’était dégradée.  Il y avait eu des incidents malheureux et, le 8 août, sept prévenus prenaient une trentaine d’otages.  Ce que de tels évènements impliquent en terme de stress, de rancœur et de répression rendait urgente notre organisation. Tous ceux et celles que concernait cette problématique mirent les bouchées doubles.

En mars 1977, la Clinique juridique demandait notre incorporation.  Les rencontres régulières de 10 à 15 membres permirent le partage des tâches.  Je cédais à d’autres la routine des convocations, procès-verbaux, comptabilité, etc.  Notre Conseil d’administration prit toute la gestion et l’orientation en mai.  Le 12 juin suivant, nous convoquions les médias pour les informer de notre présence sur la scène pénitentiaire ainsi que de nos objectifs et plans d’intervention. 

Dans l’année qui suivit, notre message fut repris dans Châtelaine, Le Jour, Le Soleil, Droit de Parole, Radio-Canada et Télé-Québec.  Le 18 avril 1978, devant une centaine d’invités, le public et les journalistes, nous présentions du théâtre improvisé : « Le Procès » (dont je ne saurais plus nommer l’auteur).  En mai 1978, je fis mes adieux au Groupe.

Si le passé nous permet de situer et de comprendre la formation du Groupe dans un contexte d’injustice sociale et carcérale, le présent, lui, permet aux membres actuels de projeter le Groupe dans l’avenir, car le réalisme interdit d’envisager l’abolition prochaine du système carcéral.  C’est plutôt le casse-tête de sa privatisation qui s’annonce.

Aujourd’hui, le territoire d’intervention du Groupe n’est plus restreint à ce qu’il était, à savoir : la prison du chemin Gomin et celle d’Orsainville.  L’éventail des services qu’il dispense s’est ouvert, mais les causes qu’il défend ne suscitent toujours pas la sympathie spontanée de la majorité de nos concitoyens, confirmant le besoin de les sensibiliser.

Ceux et celles qui ont inscrit le Groupe dans la longue durée – trente ans ce n’est pas rien – ont mérité et méritent notre admiration. Je les salue chaleureusement.

Odette Pouliot

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 © Groupe de défense des droits des détenuEs de Québec / Mise à jour : 10 March 2010